La réponse courte

La refonte du processus d'octroi commence par la politique générale de crédit, qui fixe l'appétence et les règles d'engagement. Viennent ensuite le schéma délégataire et les chartes des comités, puis la procédure d'octroi. L'automatisation du workflow arrive en dernier, une fois les règles stabilisées.

À retenir

  • La politique générale de crédit précède tout le reste : elle dit ce que la banque accepte de financer et à quelles conditions.
  • Le schéma délégataire traduit cette politique en niveaux de décision, par montant, par risque et par type de client.
  • Chaque comité de crédit a besoin d'une charte : composition, quorum, pouvoirs, traçabilité des décisions.
  • Les produits formatés allègent l'instruction des demandes standardisées.
  • On n'automatise un workflow crédit qu'après avoir stabilisé les règles qu'il doit appliquer.

Par quoi commencer la refonte du processus d'octroi ?

Par la politique générale de crédit. Tant qu'elle n'est pas claire, le schéma délégataire, les comités et la procédure reposent sur des règles implicites que chacun interprète à sa manière.

La demande initiale porte souvent sur un symptôme : des délais de décision trop longs, des dossiers qui remontent en comité sans raison, un outil de workflow à choisir. On est tenté de commencer par la procédure ou par l'outil. Nous recommandons de remonter d'abord à la politique, puis de redescendre étape par étape. Dans les missions que nous avons conduites, l'ordre a été le suivant : politique générale de crédit, schéma délégataire, chartes des comités, procédure d'octroi, produits formatés, expression de besoin pour l'automatisation.

Que doit contenir la politique générale de crédit ?

La politique générale de crédit dit ce que la banque accepte de financer, pour qui, à quelles conditions et dans quelles limites. Elle traduit l'appétence au risque dans le domaine du crédit.

On y trouve les marchés et segments ciblés, les secteurs exclus ou sous surveillance, les règles de garanties par type de concours, les limites de concentration par contrepartie, par groupe et par secteur, les critères minimaux d'analyse et les principes de tarification. Elle renvoie à la réglementation applicable sur la division des risques et le classement des créances.

Elle est validée par le conseil et revue au moins une fois par an, ou plus tôt si l'environnement change : nouveau segment de clientèle, dégradation d'un secteur, évolution réglementaire. Une politique utile reste lisible. Si elle dépasse quelques dizaines de pages, les détails opérationnels doivent passer dans la procédure. La politique fixe les principes ; la procédure dit comment les appliquer.

Comment construire un schéma délégataire qui fonctionne ?

Un schéma délégataire efficace délègue les décisions au niveau qui dispose de l'information et de la compétence, et fait remonter le reste. Il combine plusieurs critères : montant de l'engagement, niveau de risque du client, nature du concours, existence de garanties.

Le diagnostic montre souvent deux défauts opposés. Soit le schéma est trop centralisé, et le comité de crédit examine des dossiers de faible montant qui saturent son ordre du jour. Soit il comporte des zones floues où personne ne sait qui décide, par exemple pour un renouvellement avec augmentation ou pour un client déjà en impayé.

Nous construisons le schéma sous forme de grille, avec des seuils exprimés en encours global du client et non en montant de la seule demande. Les cas de remontée obligatoire sont listés explicitement : dérogation à la politique, client classé en créance en souffrance, partie liée, dépassement d'une limite de concentration.

Quelles règles pour les comités de crédit ?

Chaque comité de crédit a besoin d'une charte qui fixe sa composition, son quorum, ses pouvoirs, la fréquence de ses réunions et la manière dont ses décisions sont tracées. Sans charte, un comité peut décider en dehors de ses pouvoirs sans que personne ne s'en aperçoive.

Les chartes que nous rédigeons précisent aussi le rôle de la gestion des risques en comité : avis consultatif, avis conforme, ou droit de veto sur certaines catégories de dossiers. Ce point est souvent source de tension entre filière commerciale et filière risques. Il doit être tranché par écrit et validé par la direction générale.

La traçabilité compte autant que la décision. Le procès-verbal mentionne les membres présents, l'avis de chacun lorsqu'il diverge, les conditions posées et le délai de levée des réserves.

Quand faut-il automatiser le workflow crédit ?

Après avoir stabilisé les règles. L'outil reproduit ce qu'on lui demande d'appliquer : si le schéma délégataire est confus ou les circuits redondants, l'automatisation fige ces défauts.

Une fois la politique, le schéma délégataire et la procédure validés, nous rédigeons l'expression de besoin de l'outil. Elle décrit les étapes du circuit, les contrôles bloquants, les niveaux de validation calculés à partir du schéma délégataire, les pièces exigées par type de concours et les données à remonter pour le pilotage : délais par étape, taux de dossiers retournés, dérogations accordées.

La mise en place de produits formatés va dans le même sens. Les crédits standardisés, avec des critères d'éligibilité définis à l'avance, suivent un circuit court et une délégation plus basse. Les analystes et les comités se concentrent sur les dossiers qui demandent une vraie analyse.

Comment mesurer l'effet de la refonte ?

Par des indicateurs mesurés avant et après : délai moyen entre le dépôt d'un dossier complet et la décision, part des dossiers remontés en comité, taux de dossiers retournés pour complément, nombre de dérogations à la politique et leur motif.

Ces indicateurs n'ont de sens que si le point de départ est connu. Nous les établissons pendant le diagnostic, à partir d'un échantillon de dossiers dont on reconstitue le parcours réel. C'est souvent la première fois que la banque dispose de ces chiffres, et ils suffisent parfois à faire accepter la refonte par la filière commerciale.

Le suivi des dérogations mérite une attention particulière. Un nombre élevé de dérogations sur la même règle signale soit une règle inadaptée au marché, qu'il faut revoir, soit une pratique commerciale qui s'en affranchit, qu'il faut corriger. Dans les deux cas, l'information doit remonter au comité des risques.

La formation des équipes termine le travail. Les chargés d'affaires, les analystes et les membres des comités doivent connaître la nouvelle politique, le schéma délégataire et la procédure avant leur entrée en vigueur. Une période de transition, avec un accompagnement sur les premiers dossiers, évite que les anciennes habitudes reprennent le dessus.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une politique générale de crédit ?

C'est le document, validé par le conseil, qui fixe les orientations de la banque en matière d'engagements : marchés et clientèles ciblés, secteurs à éviter, règles de garanties, limites de concentration, critères d'analyse et principes de tarification. Elle encadre toutes les décisions de crédit et sert de référence aux comités comme aux contrôleurs.

Qu'est-ce qu'un schéma délégataire de crédit ?

C'est la grille qui définit qui peut décider d'un crédit, selon le montant, le niveau de risque, la nature du client et le type de concours. Il fixe les pouvoirs des agences, des directions régionales, des comités et de la direction générale, ainsi que les cas qui remontent obligatoirement au niveau supérieur.

Faut-il automatiser le workflow crédit avant de refondre les procédures ?

Non. Un outil de workflow reproduit les règles qu'on lui donne. Si le schéma délégataire est flou ou les circuits redondants, l'automatisation les fige. Il vaut mieux refondre la politique, le schéma délégataire et la procédure, puis rédiger l'expression de besoin de l'outil sur cette base.

À quoi servent les produits formatés dans l'octroi de crédit ?

Les produits formatés regroupent des crédits aux caractéristiques standardisées : montant plafonné, durée, garanties et critères d'éligibilité définis à l'avance. Leur instruction est simplifiée et leur décision peut être déléguée plus bas, ce qui libère les analystes et les comités pour les dossiers complexes.

Amine L., Associé fondateur, AL Advising

Ingénieur diplômé d'une grande école d'ingénieurs. Plusieurs années d'expérience en conseil et en audit auprès de banques et de sociétés de financement, notamment au sein d'un cabinet du Big Four. Plans stratégiques, ICAAP et PRCI, appétence aux risques, contrôle interne, notation, gouvernance de groupe, au Maroc, en Afrique de l'Ouest et centrale et en Europe.

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